À la une de l'Antivol

Publication de L’Antivol-papier n° 18, avril-juin 2025

Nous avons le plaisir de vous annoncer que le nouveau numéro de L’Antivol-papier, correspondant au deuxième trimestre 2025, vient de paraître. Il est toujours gratuit et contient des articles qui, nous l’espérons, vous intéresseront autant que les précédents.

À propos de « Figures du communisme » de Frédéric Lordon

Par Ariane Randeau

Pour Frédéric Lordon, détruire le capitalisme est une nécessité vitale.

Dans son nouvel ouvrage, qui réunit et approfondit des textes publiés sur son blog « La pompe à phynance », il analyse et propose des voies de sortie de ce modèle qui détruit la planète, « usurpe la vie », contraint les individus à la loi du marché, à l’intranquillité matérielle permanente, au « spectacle de la précarité ». Puisqu’il faut arrêter de croire que l’on peut obtenir quelque chose du capital et de sa « démocratie » bourgeoise, Lordon condamne ce qu’il nomme le « syndicalo-syndicalisme » ou bien encore la participation aux élections et dresse les conditions de mise en œuvre d’un « communisme luxueux » qu’il appelle de ses vœux.

L’ouvrage est organisé en trois grandes parties. La première concerne l’analyse des effets du capitalisme et de ses pseudo-contestataires. La deuxième énonce le cadre idéologique et économique du communisme, reprenant très largement les thèses de Bernard Friot. Enfin, il envisage les conditions du renversement du capitalisme, analysant ses stratégies de résistance et les manières dont il faudra faire face à son hostilité. L’analyse est foisonnante, argumentée, lucide, le tout sur un ton incisif.

Se dégager des contestataires de pacotille, ce que Lordon nomme les « scouts », est la première des conditions. Être un gentil militant ne change rien, au contraire, il laisse le capitalisme se développer encore et toujours plus, à tel point qu’il semble en devenir un complice.

Ensuite, sortir du capitalisme implique de se poser trois questions : qu’est-ce qu’on garde et qu’est-ce qu’on jette ? Les autonomies locales sont-elles une solution ? Pour quels nouveaux rapports sociaux ? La société communiste implique une refonte totale de l’organisation sociale et une décolonisation de nos imaginaires. Elle met fin à la propriété privée des moyens de production, au marché de l’emploi et à la finance. C’est ici que Lordon recourt aux travaux de Bernard Friot : puisque la division du travail est macrosociale, toute alternative doit l’être aussi. Le communisme repose sur trois principes : la cotisation générale, le conventionnement et le salaire à vie que Lordon renomme « garantie économique générale ». Les organisations se définissent dès lors par la propriété d’usage, l’autogestion et la délibération politique. Il s’agit de remplacer la précarité par la tranquillité matérielle, la dépendance au marché de l’emploi par la souveraineté des producteurs et la fin de la propriété lucrative, la dette par la subvention et les caisses économiques, la « démocratie » bourgeoise par la participation à la décision politique.

Bien sûr, le capital ne se laissera pas faire ! Comme l’écrit Lordon, « quand marché pas content, lui toujours faire ainsi : il vend les titres de la dette souveraine, fait baisser ses cours, donc monter ses taux d’intérêt. » Il s’agit d’avoir conscience des limites internes et externes d’une société communiste dans une économie capitaliste mondialisée, d’assumer de faire face à l’hostilité capitaliste, de ne plus « revendiquer » mais de transformer le cadre. Il faut enfin, car la masse est une des seules conditions de renversement du capitalisme, établir une « éthique politique des luttes » qui reconnaisse l’égalité des luttes et parte du principe qu’il ne faut rien faire dans sa lutte qui nuise aux autres.

Au final, l’intérêt de cet ouvrage passionnant est qu’il envisage concrètement les conditions de possibilité de la révolution à l’ère du capitalisme néolibéral autoritaire.

Posts les plus consultés de ce blog

Un moment historique

Par Ariane Randeau et Pierre Bitoun

Nous sommes dans l’un de ces moments historiques où il faut s’efforcer de parler clair et bref. D’où les cinq thèses qui suivent :

Les Brèves du Satirique, avril 2021

Par Le Satirique

L’un des membres de L’Antivol a l’esprit caustique. Sous le nom du « Satirique », un pseudo obligé pour raisons professionnelles, il nous livre ci-dessous sa troisième série de « brèves », drôles et incisives. C’est peu dire qu’il faut lire les précédentes et qu'on attend avec plaisir les prochaines livraisons…

Les Brèves du Satirique, décembre 2020

Par Le Satirique

L’un des nouveaux membres de L’Antivol a l’esprit caustique. Sous le nom du « Satirique », un pseudo obligé pour raisons professionnelles, il nous a proposé de tenir une chronique de « brèves tourangelles », drôles et incisives. En voici la première livraison…